
Combler l’écart : Transformer une bonne idée en
une affaire concrète
Par Canadian Farm Manager, juin/juillet 2007
Si le monde évolue comme Lars Jorgensen pense qu’il évoluera,
janvier 2007 marquera un moment historique dans l'industrie canadienne
de l'élevage.
C’est le moment où le bébé de 400 000 $ de
Jorgensen, un abattoir mobile de 53 pieds de long, est sorti de Fort St.
John, Colombie-Britannique, pour son premier projet d’abattage à
la ferme.
« Je me suis lancé dans ce projet parce qu’il y avait
un besoin, et parce qu’au bout du compte, la capacité d’abattage
était insuffisante. Dans certaines parties de ma province, les
agriculteurs abandonnaient l'élevage simplement parce qu’ils
ne pouvaient pas obtenir des services d’abattage abordables »,
mentionne Jorgensen, président de Gate to Plate Food Services Inc.
« L'autre côté de la médaille est que ce projet
va ouvrir des portes aux producteurs. Nous offrons la traçabilité,
nous offrons des produits biologiques, nous offrons un abattage sans cruauté
qui se traduit par une viande de meilleure qualité, et bientôt,
une inspection fédérale sera effectuée pour vous
permettre d’expédier votre viande n'importe où, que
ce soit à l’épicier local ou à un restaurant
de Vancouver ou de Montréal.
« Nous ne menacerons jamais les grands producteurs de l’industrie
de l’abattage, mais les abattoirs mobiles offrirons aux petits producteurs
des occasions qui n’ont jamais été offertes auparavant.
»
C’est un projet assez ambitieux, mais Jorgensen n’est pas
le seul à penser de cette façon. Ce sont exactement les
types d’avantages qui ont été prônés
par les promoteurs d’abattoirs mobiles depuis plusieurs années.
Le problème n’était pas un manque d’enthousiasme,
c’était un manque d’abattoirs mobiles. Le battage ne
s’est jamais traduit en résultats.
Les abattoirs mobiles sont de bons exemples démontrant que dans
l’économie du savoir, les connaissances seules ne suffisent
pas. Il fallait également qu’on ait la volonté de
les appliquer pour faire en sorte que le projet se réalise.
« Nous avons utilisé la technologie existante et nous l’avons
adaptée à ce que nous faisons », mentionne Jorgensen.
« À peu près la seule chose dont nous avions besoin
en terme de nouvelle technologie était une nouvelle configuration
de remorques avec des plafonds d’une hauteur de 10 pieds (de façon
à éviter que les carcasses touchent le plancher). »
En ce qui concerne les défis techniques, soulever le plafond d’un
camion gros porteur n'a rien de nécessairement très compliqué.
Les deux gros obstacles étaient plutôt les aspects réglementaire
et financier. Jorgensen et ses partenaires, Russ Travis et Greg Diemert,
ont examiné un abattoir mobile américain, mais ils se sont
rapidement rendus compte que celui-ci ne répondrait jamais aux
exigences des règlements de l’Agence canadienne d’inspection
des aliments (ACIA). Il a également rejeté une version européenne.
« Il avait été conçu par des universitaires
et l’aspect pratique n'avait jamais posé problème
», mentionne Jorgensen. « Ainsi, après avoir investi
5 millions de dollars, qui donc serait en mesure d’exploiter cet
équipement et d’en tirer un profit? »
Ce type de déclaration directe est typique de Jorgensen, un ancien
chef de cuisine qui a dirigé des cuisines de grands hôtels
et des cuisines de l'air de compagnies aériennes. Cette expérience
lui permet de faire preuve d’une agressivité de sergent instructeur
qui l’a bien servi dans sa nouvelle entreprise.
« Je suis probablement l’une des rares personnes qui peut
lire les règlements de l’Agence canadienne d’inspection
des aliments (ACIA) et qui peut effectivement comprendre ce qu’ils
signifient. Ces règlements ne sont pas écrits pour être
compréhensibles », mentionne-t-il.
« J’ai 30 ans d’expérience dans l’industrie
alimentaire. Nous avons donc rencontré l’ACIA et la première
chose qu’on m’a suggéré a été
d’embaucher un consultant… Eh bien, disons que j’ai
clairement indiqué ce que j’avais pensé de cette idée
».
Il s’agissait d’un choc culturel compréhensible. Les
deux parties désiraient la même chose : un processus qui
répond effectivement à plusieurs normes en matière
de salubrité alimentaire, d’abattage et d’environnement.
La question était de savoir si l’installation planifiée
par Jorgensen répondrait à ces normes. Celle-ci comprenait
une installation sanitaire, un système à eau chaude, un
système de collecte des eaux ménagères et une chambre
de refroidissement.
« J’ai dû me frayer un chemin; il n’y avait pas
de plan détaillé à suivre », mentionne-t-il.
« J’ai donc adopté l’attitude suivante : Dites-moi
quel est le problème, mettez-le sur la table, et je vais trouver
une façon de le résoudre. »
« Et j’ai résolu tous les problèmes qui m’ont
été présentés. Finalement, j’ai fait
en sorte qu’ils n’aient pas le choix parce qu’après
avoir réglé chaque problème, ils étaient obligés
de dire oui. »
Jorgensen croit également avoir a résolu l’équation
économique. Il demande 150 $ pour chaque vache, un prix plus élevé
que la plupart des abattoirs, mais il n’y a pas de coût de
transport ou de perte de qualité de la viande observée lorsque
de gros animaux stressés sont confinés dans un espace restreint.
De plus, il résout le dilemme des entreprises conventionnelles
et des producteurs biologiques situés loin d’un abattoir.
La demande a été très forte et Jorgensen planifie
de mettre neuf autres abattoirs mobiles sur la route au cours de la prochaine
année. En dernier ressort, il voudrait desservir tout le Canada;
il estime que ce marché pourrait permettre le fonctionnement de
100 à 140 unités, y compris des unités qui permettent
d’abattre des agneaux, des chèvres et des volailles.
En dernier ressort, la demande peut dépendre de la façon
dont les éleveurs d'animaux de ferme compétents tirent profit
de cette nouvelle innovation. Combien d’éleveurs pourront
conclure des marchés avec des épiciers et des bouchers locaux?
Combien d’éleveurs tenteront de pénétrer le
marché haut de gamme en passant des marchés avec des boutiques
gastronomiques ou des restaurants gastronomiques de viande? Combien d’éleveurs
se regrouperont pour construire des installations de traitement et créer
leur propre marque?
Jorgensen mentionne qu’il y a un débouché commercial
fort intéressant visant les consommateurs qui veulent de la viande
naturelle et biologique provenant d’animaux élevés
(et abattus) avec le moins possible de cruauté et qui est offerte
avec un certificat de traçabilité impeccable.
« La traçabilité sera considérée un
élément à valeur ajoutée et cette viande provenant
d’animaux élevés (et abattus) avec le moins possible
de cruauté se fera une place sur le marché », affirme-t-il.
« Les consommateurs deviennent de plus en plus sophistiqués
et veulent savoir d’où provient leur viande. Ceux qui comprennent
ces nouveaux consommateurs trouveront des moyens de tirer profit de cela.
»
Le Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC) désire
remercier le Conseil canadien de la gestion d’entreprise agricole
(CCGEA) de lui avoir permis de reproduire le présent article sur
son site Web.
English
Affiché en octobre 2007
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