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Rapport sur : Problèmes et occasions Réunions : «S’adapter aux changements dans la façon dont nous faisons des affaires »

Centre de la Confédération de Charlottetown, le 13 mars 2006

Les producteurs biologiques contribuent à l’atteinte des objectifs de Fred Kirschenmann

L’AGA 2006 du Conseil ADAPT et la réunion nationale sur les problèmes et occasions ont attiré des représentants du PASCAA de toutes les régions du pays ainsi que des participants de l’industrie de tous les secteurs de la chaîne de la valeur, y compris des producteurs, des détaillants, des chefs cuisiniers, des transformateurs, des distributeurs, des chercheurs ainsi que des consommateurs intéressés et des représentants des gouvernements provinciaux et du personnel d’Agriculture et Agroalimentaire Canada d’Ottawa et de Charlottetown. Plus de 130 participants se sont réunis au Centre de la Confédération de Charlottetown le lundi 13 mars 2006 pour entendre divers orateurs intéressants présenter des conseils sur la façon de « S’adapter au changement dans la façon dont nous faisons des affaires » et pour célébrer les nombreuses initiatives couronnées de succès auxquelles le conseil ADAPT de l’Î.-P.-É. a contribué avec un financement du PASCAA d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. C’était la réunion la plus populaire que le Conseil ait jamais organisée.

Fred Kirschenmann, agriculteur et professeur distingué au centre Aldo Leopold pour l’agriculture durable, a ouvert la journée avec le message suivant : « Si vous le voulez, vous pouvez continuer à pratiquer l’agriculture ». Cependant, son message était intégré dans le contexte des menaces, des occasions et des défis auxquels les producteurs nouveaux et existants doivent faire face.

La durabilité de l’agriculture nécessite quatre types de capital :
1. Capital écologique (la terre doit être bien utilisée; santé écologique)
2. Capital humain (les gens qui utilisent la terre doivent bien la connaître)
3. Capital social (on doit être hautement motivé pour bien l’utiliser)
4. Capital financier (on doit avoir les moyens de bien l’utiliser)

Il a répertorié quatre types de capital qui limitent notre capacité à « bien » pratiquer l’agriculture. Il y a d’abord les menaces écologiques pour la santé humaine et environnementale et il nous a dit de prendre garde de ne pas croire à une solution facile qui consisterait à adopter des formes d’énergie de remplacement sans d’abord adopter les formes les plus poussées de conservation d’énergie et de gérance énergétique.

Que faut-il pour « maintenir » la productivité?
« . . .pour demeurer productive, l’agriculture doit préserver la terre et la fertilité et la santé écologique de la terre, c’est-à-dire que la terre doit être bien utilisée. Par conséquent, pour que la terre soit bien utilisée, les gens qui l’utilisent doivent bien la connaître, être très motivés à bien l’utiliser, savoir l’utiliser de façon judicieuse et avoir le temps et les moyens de bien l’utiliser. » Wendell Berry, Nature as Measure, 1990

La seconde forme de capital que Kirschenmann a décrite, c’est l’impact humain du manque de connaissances, de sensibilisation et de volonté politique de mettre en œuvre les changements progressifs nécessaires pour éviter d’aggraver le désastre.

Le rapport Millennium Ecosystem Assessment Synthesis Report 2005 des Nations Unies a été rédigé par 1 360 scientifiques de premier plan de 95 pays.

Principale conclusion : au cours du dernier demi-siècle, les humains ont pollué ou surexploité les deux tiers des écosystèmes de la Terre dont la vie dépend et ont accru ainsi considérablement le risque d’effondrements écologiques brusques et sans précédent. Environ 60 % des fonctions écologiques évaluées sont dégradées ou utilisées d’une façon non durable. La plupart des modifications des écosystèmes ont été la conséquence directe ou indirecte de modifications apportées pour satisfaire la demande croissante pour des écoservices, en particulier la nourriture, l’eau, le bois, les fibres et le combustible.

Le troisième capital, le capital social, est limité par la décomposition sociale, la perte du sentiment d’appartenance à une collectivité et à un lieu, un besoin dont nos ancêtres reconnaissaient l’importance vitale.

« La véritable question pour quiconque se soucie vraiment de notre avenir, ce n’est pas si le changement surviendra mais s’il sera pacifique et ordonné ou chaotique et violent parce que nous aurons attendu trop longtemps pour commencer à nous y préparer. » Paul Roberts, 2004, The End of Oil

La quatrième préoccupation se rapporte au changement du capital social, à l’évolution des valeurs et à la prise de conscience incontournable du fait que le statu quo ne peut durer. Ici, il recommande à tout le monde de lire le nouveau livre de John Thackara intitulé In the Bubble (MIT Press, 2006).

Comment aborderons-nous maintenant l’avenir?
« Est-il possible de remplacer les technologies actuelles à base de carburants fossiles par des interactions appropriées entre les cultures, le bétail et les autres organismes pour améliorer la production agricole? »

Si la réponse est oui, alors l’agriculture moderne, qui n’utilise que les réactions biotiques les plus simples, peut être transformée en un système d’agriculture de rechange dans lequel l’utilisation d’interactions biotiques complexes devient la technologie clé. » Masae Shiyomi et Hiroshi Koizumi, Structure and Function in Agroecosystem Design and Management, 2001

Quand Kirschenmann est revenu dans l’après-midi, ce fut avec un message d’espoir et d’optimisme. Il a présenté plusieurs exemples d’agriculteurs qui créent des réseaux et deviennent autonomes en se trouvant des valeurs communes et de nouvelles occasions de commercialisation. Plutôt que de vendre un produit, ces agriculteurs nouveaux et « renouvelés » vendent leur histoire et celle de leur culture. Ils offrent un idéal romantique et un sentiment de confiance personnelle qui rétablit le lien entre le consommateur et le producteur de ses aliments.

Au cours de la séance du matin, il a raconté l’histoire d’un producteur de riz japonais qui pratiquait une méthode traditionnelle de culture du riz. En éliminant l’usage des pesticides, il a pu réintroduire les canards qui mangeaient les insectes et les poissons qui fournissaient des éléments nutritifs au champ. En conséquence, ses coûts de production ont baissé. La qualité et le rendement du riz se sont améliorés et plutôt que de ne produire qu’une culture, la rizière a produit aussi de la viande de canard, des œufs et du poisson ainsi que des fruits cueillis sur les arbres qu’on a pu réintroduire autour du périmètre des rizières.

Ce qu’il voulait nous dire, ce n’était pas de cultiver du riz mais de comprendre que les relations symbiotiques entre le riz, le canard et le poisson sont un exemple d’un système qui peut fonctionner partout où l’on imite la nature. Kirschenmann nous mettait au défi d’utiliser le savoir pour améliorer les relations bénéfiques qui existent dans la nature plutôt que de tenter de dominer la nature avec des apports artificiels.

Dans l’après-midi, Kirschenmann a défini ce qu’il appelle « l’agriculture du milieu » qui se meurt, un secteur qui regroupe la majorité des agriculteurs. Il les a décrits comme trop gros pour profiter des marchés à créneaux et de la vente directe aux consommateurs et trop petits pour rivaliser avec les multinationales qui peuvent approvisionner constamment les marchés de n’importe où dans le monde en produits bon marché.

L’agriculture du milieu est un secteur dans lequel on assiste au déclin de l’agriculture en raison de la faiblesse du profit offert par les prix des produits et de l’absence d’emprise sur le marché. La solution pour ceux qui souhaitent continuer à pratiquer l’agriculture, a expliqué notre orateur invité, était pour les agriculteurs de taille moyenne de former des réseaux, des coopératives et des chaînes de la valeur qui leur confèrent une appropriation de leur activité et un pouvoir renouvelé grâce à des produits à valeur ajoutée qui peuvent permettre d’approvisionner les marchés régionaux et mondiaux si nécessaire (voir le graphique ci-dessous).

Principes pour nous guider vers une agriculture postindustrielle
Les exploitations agricoles de demain devront :
1. conserver l’énergie
2. présenter une diversité biologique et génétique
3. être largement autorégulées et autorenouvelées
4. faire largement appel au savoir
5. fonctionner grâce à des synergies biologiques
6. employer une gestion adaptative
7. comporter une restauration écologique plutôt que de choisir entre l’exploitation et la préservation
8. réaliser une productivité optimale à l’aide d’une production synergique de multiples produits sur une superficie limitée et avec une densité d’éléments nutritifs limitée.

« Il était inévitable et sans doute désirable que l’énorme impulsion de l’industrialisation se propageât à l’agriculture. Il est clair pour moi cependant que nous sommes allés trop loin. . . Elle engendre de nouvelles insécurités économiques et écologiques à la place de celles qu’elle était censée abolir. Dans sa forme extrême, elle est humainement désolée et économiquement instable. Ces extrêmes périront un jour de leurs propres excès, non pas parce qu’ils sont mauvais pour la faune mais parce qu’ils sont mauvais pour l’agriculteur. »
–Aldo Leopold, The Outlook for Farm Wildlife, 1945

 

L’information ci-dessus est d’abord parue dans la circulaire AFDAPT de l’Î.-P.-É. et le CABC a été aimablement autorisé à l’afficher ici par

Phil Ferraro, directeur administratif, conseil ADAPT de l’Î.-P.-É.
Aux soins de The Farm Centre, 420, avenue University, salle 103
Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard) Canada C1A 7Z5
Téléphone : (902) 368-2005
Télécopieur : (902) 368-2520
Courriel : adapt@pei.aibn.com


Novembre, 2006

 

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