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Le rôle du bétail et d'autres organismes dans la lutte contre les mauvaises herbes

B. Frick, E. Johnson - Ferme expérimentale de Scott

Aperçu
Plusieurs espèces de plantes sont considérées comme des mauvaises herbes dans un contexte agricole, bien qu'elles constituent, en fait, des aliments nourrissants et savoureux. Les mauvaises herbes peuvent-elles être utiles aux éleveurs ? Est-il possible d'intégrer les animaux d'élevage et d'autres organismes friands des mauvaises herbes dans notre stratégie de lutte contre ces dernières ?


Contexte
Dans les exploitations agricoles mixtes, le bétail peut être mis à contribution pour brouter les mauvaises herbes ou consommer les mauvaises herbes fauchées, la balle et les criblures. Les chèvres sont des animaux brouteurs et parviennent à contrôler la croissance des plantes ligneuses comme le tremble et le rosier. Elles apprécient également le chardon. Les moutons, quant à eux, contrôlent efficacement la croissance de l'euphorbe ésule. Une fois habitués au goût de cette mauvaise herbe, qui constitue en outre un fourrage nourrissant, les moutons peuvent en consommer en grandes quantités. Les moutons contrôlent bien la croissance des mauvaises herbes puisqu'ils broutent au ras du sol et apprécient, eux aussi, le chardon. Dans les cultures de légumineuses, les moutons peuvent consommer toutes les mauvaises herbes graminées. Les oies peuvent aussi être utilisées (à un ratio de cinq ou six oies par hectare) une fois que les cultures sont devenues trop grandes pour être mangées par les oiseaux. Les porcs (à un ratio de 24 animaux par hectare) peuvent freiner la croissance des mauvaises herbes annuelles entre les coupes dans les champs clôturés. Les vaches et les moutons servent pour le broutage en début de saison afin de prévenir la croissance des mauvaises herbes. Par la suite, la repousse des mauvaises herbes est compromise par la présence de légumineuses et de graminées dans les pâturages. Si le bétail est mis à contribution pour brouter les mauvaises herbes à maturité, la balle ou les criblures, la majorité des graines seront détruites par l'action de la digestion.

D'autres avantages, indirects ceux-là, peuvent être tirés de la contribution du bétail dans la lutte aux mauvaises herbes. Les animaux d'élevage font bon usage de déchets comme les criblures et la balle, de même que des parcelles inutilisables, ce qui contribue à la rentabilité du producteur.

Les rotations à long terme qui incluent une espèce vivace présentent des avantages particuliers pour la qualité du sol et la lutte contre les mauvaises herbes. À l'heure actuelle, la méthode utilisée pour réintégrer la luzerne ou une autre légumineuse vivace dans la rotation consiste à faire participer les animaux d'élevage au système de production. D'autres options qui méritent d'être étudiées arrivent à générer le même type d'avantages sans toutefois nécessiter la présence de bétail. Par exemple, les producteurs de luzerne déshydratée et de graines de luzerne ont tout intérêt à établir des partenariats avec des éleveurs. D'autres espèces animales peuvent également être utiles pour la lutte contre les mauvaises herbes. Pour encourager leur présence, il importe de préserver leur habitat en réduisant le travail du sol, en conservant les haies brise-vent et les boisés, en préservant les marécages et les bourrelets et en laissant une partie du sol au naturel. La création d'habitats refuges peut néanmoins être risquée puisqu'il est difficile de savoir, de prime abord, si les espèces ainsi protégées sont utiles ou nuisibles. En observant attentivement l'habitat en question, il est possible de prendre une décision éclairée à cet égard. Tous les animaux sauvages sont généralement considérés comme des ravageurs, perception prudente, soit, mais erronée. 

Les agents biologiques présents dans le sol ont, eux aussi, une incidence sur la compétition qui s'établit entre les plantes cultivées et les mauvaises herbes. Certains de ces agents biologiques contribuent à la croissance des plantes. C'est le cas notamment de l'inoculum de Rhizobium utilisé dans les cultures légumières pour stimuler la nodulation et du champignon Penicillium bilaiae destiné à solubiliser le phosphore inorganique présent dans le sol. Les mycorhizes à arbuscules peuvent également être utiles aux plantes puisqu'elles facilitent l'assimilation de nutriments, stimulent la croissance et améliorent le rendement. Elles sont bénéfiques pour les graminées et les légumineuses, mais ne sont d'aucune utilité pour d'autres espèces végétales comme la moutarde sauvage, le chou gras, la renouée liseron, la moutarde cultivée, le canola et le quinoa.

D'autres organismes présents dans le sol sont particulièrement nuisibles pour les mauvaises herbes. Les bactéries d'origine séminicole, par exemple, peuvent réduire efficacement les banques de graines de mauvaises herbes dormantes. Les rhizobactéries, quant à elles, ont la capacité de nuire au développement des mauvaises herbes graminées dans les cultures céréalières. L'application d'agents microbiens en vue de contrôler la croissance des mauvaises herbes pourrait avoir un effet bénéfique dans l'avenir. Le ralentissement du travail du sol peut stimuler la croissance de ces bactéries qui prolifèrent dans les résidus de récoltes et sont favorisées dans l'environnement frais et humide créé par ces résidus.

Il est également possible de favoriser les insectes utiles en préservant leur habitat (haies brise-vent, couverture végétale). On a enregistré une augmentation du taux de prédation des graines de mauvaises herbes dans les couvertures végétales. Par ailleurs, la couverture végétale restreint la levée des semis et fournit un habitat aux prédateurs de graines. Un grand nombre d'insectes, d'escargots, de limaces et de campagnols ont été observés dans d'importants résidus de seigle et de vesce velue. On estime que ces organismes, en se nourrissant de graines, ont contribué à réduire le nombre de semis de mauvaises herbes. Certaines espèces de coléoptères semblent avoir une préférence pour les différentes variétés de sétaire.


Conclusions
Les animaux d'élevage peuvent être utiles à la lutte contre les mauvaises herbes à la fois parce qu'ils peuvent consommer des mauvaises herbes et parce qu'ils assurent un certain recouvrement des coûts associés aux pratiques de gestion des mauvaises herbes comme le ramassage de la balle et le fauchage. Il est possible d'encourager la présence d'autres organismes utiles en préservant l'environnement naturel autour de l'exploitation agricole, en réduisant le travail du sol et en faisant un usage parcimonieux des produits chimiques.


Financement
Fonds d'innovation agro-alimentaire Canada-Saskatchewan


Personne-ressource
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
Coordonnatrice pour les Prairies, Centre d'agriculture biologique du Canada
Université de la Saskatchewan, Département de phytologie
51, Campus Drive, Saskatoon
(Saskatchewan) Canada S7N 5A8
Téléphone : (306) 966-4975
Télécopieur : (306) 966-5015
Courriel : brenda.frick@usask.ca


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