
Les aliments provenant d’animaux élevés en pâturage
sont tout ce qu’il y a de plus naturel, affirme un nutritionniste
de l’Utah
Par Andrew McClelland, journaliste
Tilak Dhiman, nutritionniste à l’université d’État
de l’Utah, n’a pas peur de s’attaquer de front aux questions
importantes ni d’exprimer ses opinions quant à la production
de lait et de viande.
« Nous vivons actuellement dans une société matérialiste
», a-t-il affirmé à un groupe de producteurs agricoles
participant à une journée « pâturage »
organisée par le Réseau Agri-Conseil Outaouais à
l’hôtel de ville de Bristol le 3 février. « Nous
avons tout — un garage pour trois voitures, des télévisions
grand écran —, et pourtant, nous ne sommes pas heureux, car
nous nous éloignons de la nature. Et plus nous nous éloignons
de la nature, plus nous sommes malades et moins nous sommes en bonne santé.
»
Diplômé de l’université Himachal de Palampur,
en Inde, Dhiman a eu une carrière illustre aussi bien aux États-Unis
qu’à travers le monde, mettant son expertise à la
disposition de projets très diversifiés comme celui de la
commission d’étude de l’Environmental Protection Agency
des É.-U. ou celui qui visait à réduire les émissions
de méthane du bétail afin d’améliorer la gestion
de la pâture et du lait en Inde.
Mais son engagement premier consiste à trouver des améliorations
scientifiques à la production d’aliments pour aider les agriculteurs
à proposer une nourriture meilleure et plus propre.
« Il y a 40 ou 50 ans, peut-être étions-nous préoccupés
par le fait que la disponibilité alimentaire mondiale n’était
pas suffisante », a indiqué M. Dhiman. « Mais nous
avons énormément de nourriture dans le monde aujourd’hui.
Ce qu’il nous faut faire, c’est en améliorer la qualité.
»
Selon M. Dhiman, pour améliorer la qualité des produits
carnés et laitiers, il faut les produire sur pâturages. Après
avoir consacré des années à l’étude
des avantages nutritionnels et pour la santé de la viande et du
lait obtenus à partir d’animaux d’embouche, il est
convaincu que de nombreuses méthodes agricoles actuelles se traduisent
par des aliments malsains – et une société malsaine.
« Aux États-Unis, 25 à 28 % du bœuf provient
d’animaux de réforme », indique M. Dhiman dans sa présentation.
Citant le taux de plus en plus élevé de maladies comme la
mammite et le déplacement de la caillette chez ces animaux, M.
Dhiman se prononce contre les excès qui, selon lui, devraient être
sources de préoccupation dans la production du bœuf. «
Trente pour cent des foies de vache sont rejetés à l’abattoir,
car ils présentent des abcès », dit-il. « Tout
ce qui compte, c’est d’obtenir une vache de 1 200 livres et
c’est tout. »
Mais M. Dhiman, qui détient aussi un doctorat du National Dairy
Institute de Karnal, en Inde, voit des signes encourageants dans la préoccupation
de plus en plus grande de la part des consommateurs quant à la
qualité des aliments et à leur valeur nutritive. Et les
producteurs, croit-il, peuvent orienter ce mouvement et faire savoir à
la population ce que sont des aliments d’excellente qualité.
« Aujourd’hui, les consommateurs s’intéressent
à l’environnement, à l’eau, à l’air,
aux animaux et à la nourriture. Peut-être ne comprennent-ils
pas l’agriculture et n’en ont-ils pas l’expérience,
mais ils veulent des aliments sains. Et nombreux sont ceux qui peuvent
se les permettre. »
Tilak Dhiman voit dans l’essor du marché des aliments biologiques
une indication que les acheteurs veulent des aliments sains. Il explique
que depuis 1997, les ventes d’aliments biologiques ont augmenté
de 18 % aux É.-U., formant maintenant un total de 2,5 % de l’ensemble
du marché. Tilak Dhiman croit aussi que ce sont les petits producteurs
qui bénéficieront le plus de cette tendance.
« Le biologique accorde aux petites exploitations un avantage,
un marché spécialisé », explique-t-il. «
Une petite ferme peut élever son troupeau sur pâturage et
donc produire des aliments nutritifs. Cela n’est pas possible avec
un élevage de 10 000 têtes. »
Qui plus est, affirme M. Dhiman, la population croit déjà
que les agriculteurs produisent des aliments sains et propres et il s’agit
là d’une perception dont devraient tirer parti les petits
producteurs. S’exprimant à propos d’une étude
récente qui demandait aux participants, « À qui faites-vous
confiance pour assurer la salubrité des aliments que vous mangez?
», M. Dhiman souligne que même si seulement 20 % des personnes
faisaient confiance à leurs représentants élus en
la matière, une écrasante majorité de 70 % avait
répondu qu’elle faisait confiance aux agriculteurs. Dans
de nombreux cercles, il semblerait que le stéréotype du
fermier honnête a toujours cours.
Récemment, M. Dhiman a axé sa recherche sur l’amélioration
de la teneur en acide linoléique conjugué (ALC) dans les
produits laitiers et carnés, amélioration que l’on
obtient avec l’élevage en pâturage. Ses conclusions
citent un nombre impressionnant d’avantages pour les produits obtenus
à partir d’animaux élevés en pâturage,
et indiquent que la plupart contiennent cinq fois plus d’ALC, deux
à trois fois plus de vitamine E et une plus grande quantité
d’acides oméga-3.
Fait intéressant. M. Dhiman affirme aussi que les gras trans (le
croque-mitaine alimentaire actuel, selon la plupart des régimes)
que l’on trouve dans les aliments venant d’animaux élevés
en pâturage ont en fait un effet positif sur la santé de
l’homme.
« Lorsque vous lisez dans les journaux que les gras trans sont
mauvais », indique-t-il, « il s’agit des gras trans
industriels. Mais les gras trans du bœuf élevé en pâturage,
par exemple, sont bons pour la santé et peuvent même vous
aider à maigrir. »
Pour M. Dhiman, la petite exploitation familiale sera de toute évidence
en mesure de survivre si les producteurs peuvent satisfaire aux besoins
des consommateurs en aliments plus sains, produits naturellement.
« L’agriculture industrielle nous a entraînés
vers une voie très étroite », a-t-il dit à
un groupe de participants très attentifs réunis à
la mairie de Bristol. « Les grands supermarchés nous imposent
des contraintes quant à la façon d’obtenir nos produits
— une certaine coupe de bœuf doit avoir telle quantité
de marbrure, son gras doit être très blanc, ou elle est rejetée.
Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir de diversité dans nos aliments?
La diversité fait partie de la nature. »
Le Centre d’agriculture biologique du Canada (CABC) tient à
remercier la Quebec Farmer's Association, qui l’a autorisé
à reproduire cet article sur son site.
© Copyright 2007, Quebec Farmer's Association. « La Quebec Farmer's Association défend les droits des 3
000 producteurs agricoles anglophones du Québec, leur fournit des
renseignements et représente leurs intérêts. Pour
de plus amples renseignements, visiter son site à : www.QuebecFarmers.org.
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Affiché en octobre 2007
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