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Les expériences à la ferme

Par Brenda Frick, Ph.D.

Les agriculteurs font, tous les ans, de nombreuses expériences à la ferme. La plupart se font à titre d’information, pour l’agriculteur lui-même, et n’exigent pas la « bénédiction de la science ». Toutefois, quelques techniques simples de méthodologie scientifique peuvent donner plus de crédibilité aux résultats d’une expérience, ce qui fait qu’il sera plus facile de les communiquer aux scientifiques, aux universitaires et même aux voisins sceptiques.

La première étape d’une étude scientifique consiste à formuler clairement la question. Même si nous croyons souvent que la science est très objective, cette première étape dépend du point de vue du chercheur (dans ce cas-ci, l’agriculteur). Il est souvent plus facile de répondre à une question spécifique. Il est parfois tentant de poser des questions complexes, mais les expériences peuvent très rapidement nous dépasser, à moins de faire un effort sérieux pour les tenir au plus simple. La science est un processus continu. L’expérience qui peut tout inclure n’existe pas. Une simple analyse de comparaison unique peut être très utile.

Un contrôle est essentiel si l’on veut établir des comparaisons. Si un champ a produit une récolte exceptionnelle après que l’agriculteur l’ait hersé, par exemple, cela ne signifie pas forcément que le hersage en est la cause. Il s’agissait peut-être tout simplement d’une bonne année. Pour étudier scientifiquement l’effet du hersage, il faudrait que l’agriculteur divise son champ en deux : une parcelle hersée et une autre pas. La parcelle non hersée est la parcelle témoin. L’effet du hersage se constate alors en comparant la parcelle hersée à la parcelle témoin.

Un élément de contrôle valable doit être aussi similaire à l’autre que possible, à tous égards exception faite du traitement. Par exemple, si le traitement est appliqué au centre du champ et si la parcelle témoin se trouve sur un promontoire, ou si le traitement est appliqué sur une colline alors que la parcelle témoin se trouve dans la vallée, la différence entre la parcelle traitée et la parcelle témoin peut être due à la différence d’emplacement aussi bien qu’au traitement. L’emplacement du terrain et l’historique du champ sont des critères importants lors du choix de l’emplacement de l’expérience.

Si un événement se produit de la même façon à plusieurs reprises, il y a de fortes chances pour que cela signifie quelque chose. C’est l’idée qui sous-tend la répétition – reprendre le traitement et la parcelle témoin plusieurs fois. Une analyse statistique exige au moins trois répétitions. Plus il y a de répétitions, plus il est facile de trouver des différences statistiques entre la parcelle traitée et la parcelle témoin. Bien sûr, plus il y a de répétitions, plus le travail est important. De nombreux scientifiques se limitent à 4 répétitions dans leurs essais pratiques. Certains en recommandent six pour les expériences à la ferme.

Il est important, à chaque répétition, d’appliquer le traitement au hasard, dans le but d’éviter de favoriser un traitement plutôt qu’un autre. Par exemple, si un traitement est toujours appliqué sous le vent ou en montée ou plus près du brise-vent que l’autre, cela pourrait influencer la comparaison. La randomisation est tout simplement une question de s’assurer que chaque traitement a une chance égale de se trouver dans l’un des emplacements choisis. Une façon d’attribuer le traitement au hasard est d’en inscrire le nom sur des morceaux de papier que l’on met dans un chapeau et que l’on tire au hasard autant de fois qu’il y a de répétitions.

Les expériences scientifiques à la ferme peuvent être le moyen de mettre à l’épreuve de nouvelles idées ou de démontrer des innovations intéressantes. Elles peuvent être le centre d’intérêt des journées à la ferme. En faisant eux-mêmes ces expériences, les agriculteurs s’assurent que les recherches se font dans leur environnement, en fonction de leurs contraintes. En veillant à ce que chaque expérience suive une méthodologie scientifique, avec au moins un élément témoin et quelques répétitions, ils pourront faire de ces expériences la base d’un réseau crédible de renseignements agricoles.


Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est coordonnatrice, dans la région des Prairies, du Centre d’agriculture biologique du Canada au College of Agriculture, Université de la Saskatchewan. Elle se fera un plaisir de recevoir vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel, à brenda.frick@usask.ca.


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