
Prendre une longueur d'avance sur sa saison de pâturage
Texte de Av Singh, Centre d'agriculture biologique du Canada
Traduction par Antoine Gendreau-Turmel, Centre d'agriculture biologique
du Québec
Alors que plusieurs agriculteurs en sont déjà à
préparer la prochaine saison de pâturage, certaines questions
viennent inévitablement à leur esprit. Est-ce que ma saison
de pâturage était assez longue? Est-ce que mes prairies et
leurs fourrages furent pleinement utilisés? Est-ce que j'ai récolté
assez de foin pour l'hiver?
Si la réponse à une des questions ci-dessus fût
NON, alors la première chose à faire est d'améliorer
la gestion de votre système de pâturage. Pour certains producteurs,
l'action à entreprendre peut alors être de changer son système
de pâturage continu (ou pâturage libre) pour un système
de pâturage tournant. Dans un système de pâturage tournant,
les animaux pâturent successivement les différentes parcelles
(ou " paddocks ", i.e. les sections clôturées de
la prairie) en étant déplacés de l'une à l'autre,
ce qui fournit en permanence du fourrage frais aux animaux en plus de
laisser du temps aux plantes fourragères pour reprendre des forces
après le passage de ceux-ci.
Lorsque l'on considère un système de pâturage tournant,
une des premières questions qui vient en tête est "
Combien de parcelles aurais-je besoin? " Et bien, pour dire les choses
simplement, deux parcelles valent mieux qu'une. Pour ceux qui sont un
peu sceptiques du fait qu'une modification de leur système de pâturage
puisse améliorer la performance de leurs animaux et la productivité
de la prairie, une recommandation commune est de simplement diviser le
pâturage en deux et d'alterner entre les périodes de pâture
et de repos. Un tel système, lorsque comparé à un
système de pâturage continu, démontrera clairement
une augmentation de l'utilisation des fourrages, ainsi qu'un allongement
de la saison de pâturage.
Plusieurs agriculteurs voulant adopter un système de gestion des
pâturages plus intensif voudraient avoir une " recette "
pour les aider à déterminer la quantité et la grosseur
des différentes parcelles qu'ils doivent installer. Quoiqu'il y
ait plusieurs équations mathématiques détaillées
pour aider à évaluer ses besoins, les producteurs d'expérience
vous confirmeront que la gestion du pâturage intensif des animaux
n'est pas que technique. C'est plutôt un art, mais un art qui repose
sur la science. Les plantes fourragères présentes dans votre
prairie, leur rendement ainsi que leur consommation par les animaux varient
selon divers facteurs tels que la température, les précipitations,
la fertilité du sol, la résistance des plantes au pâturage
et la saison de l'année. Il faut donc être flexible afin
que son système de pâturage soit efficace. Plusieurs producteurs
qui gèrent des pâturages utilisent une combinaison de clôtures
électriques permanentes pour le périmètre de la prairie,
avec des clôtures temporaires pour subdiviser les parcelles internes.
Cette combinaison de clôtures permanentes et temporaires peut facilement
accommoder des changements au niveau de la qualité des fourrages
et de la performance animale désirée (par exemple, des gains
de poids plus élevés ou une plus grande production de lait
nécessitent des rotations plus fréquentes). La flexibilité
d'un tel système permet de changer le format des parcelles, de
changer la durée de pâturage dans une parcelle, de modifier
le nombre d'animaux par parcelle et même d'ajouter d'autres animaux,
tels que des moutons suivant les vaches laitières ou des vaches
et leurs veaux suivant les bufs de boucherie.
La flexibilité de ce système permet à l'agriculteur
ou à l'agricultrice de réagir à ce qu'il ou elle
observe dans sa prairie, mais ne doit pas remplacer la planification.
Les producteurs doivent planifier la gestion de leurs pâturages
afin de faciliter la prise de certaines décisions, comme la fertilisation
de ceux-ci (quand devrais-je appliquer du compost sur mes pâturages?),
leur rénovation (quels pâturages nécessitent plus
de légumineuses? Comment les rénover?) et leur utilisation
(quelles prairies serviront à être récoltées,
quelles iront en pâturage?). Ces décisions devraient être
prises à l'avance, en tenant compte des pires et des meilleurs
scénarios. Ceci devrait faciliter " l'art du pâturage
" lorsque la " science du pâturage " ne se comporte
pas telle qu'anticipée.
Un dernier conseil : apprendre la science du pâturage et planifier
la gestion de ses prairies devraient être des exercices qui nous
font anticiper la belle saison qui approche, pas qui nous font nous sentir
débordés. J'ai le souvenir d'un article dans le Stockman
Grass Farmer Magazine, écrit par Joel Salatin (février 1998;
Why Good Enough Is Perfect
Just do it), dans lequel l'auteur mentionne
que plusieurs de ses voisins tentent tellement de savoir tout et de planifier
les moindres détails avant de commencer un projet, qu'ils ne commencent
jamais
Alors, avec tout le respect qui est dû à la
planification, il est important de se rappeler le vieil adage : "
Le bon jugement vient de l'expérience
l'expérience
vient du mauvais jugement ".
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