
Leçons apprises en production de pommes biologiques: Log Cabin
Orchard
par Maggie Hope-Simpson
Log Cabin Orchard, propriété de Gord et Debby Hawkes, est
un petit verger (14 ha) biologique diversifié d'autoceuillette
située près d'Osgoode, tout juste au sud d'Ottawa, à
l'est de l'Ontario. Les Hawkes ont acheté la ferme en 1996, dans
le but de faire de la production de pomme et de baies biologiques à
plein temps.
Cependant, plusieurs années de mauvaises récoltes de pommes,
et les défis associés à la production de pommes biologiques
pour le marché des fruits frais, ont motivé Gord et Debby
à réorienter leur production de pommes de qualité
« dessert » vers une entreprise plus diversifiée. La
ferme produit maintenant une plus grande proportion de variétés
de pommes résistantes aux maladies, anciennes ou de pommes à
cidre, ainsi bien que de plus grandes surfaces de petits fruits. Faire
de la transformation sur place est l'un de leurs objectifs à
plus long terme, afin d'offrir des produits à valeur ajoutée
comme le cidre ou les jus à base de pommes biologiques. Durant
le processus de transition vers le biologique, les Hawkes ont acquis plusieurs
notions importantes et une abondance de connaissances pratiques au sujet
de la production de pommes biologiques et de la lutte biologique contre
les ennemis de la pomme. Certaines des « leçons » qu'ils
ont apprises sont décrites ci-dessous.
Le
chemin cahoteux vers un écosystème équilibré
Au cours de la première année, les Hawkes ont traité
le verger en utilisant des méthodes conventionnelles tout en étant
très déterminés à apprendre comment cultiver
des pommes de manière biologique. « C'était
la méthode biologique ou rien ». Pendant la période
de la transition biologique, les récoltes de pommes étaient
bonnes. « La première année (1997), nous avons eu
un rendement incroyable. La troisième année fut également
une très bonne année. La pluie est venue une fois la période
propice à la tavelure passée, alors il n'y avait pratiquement
aucune croûte sur les fruits, et la présence des insectes
était faible. Nous avons eu une récolte fabuleuse. »
Au
cours des trois années qui ont suivi, cependant, les températures
froides et humides du printemps, et la présence intensive de la
tavelure et des insectes ont eu comme conséquence des rendements
faibles et des fruits de qualité inférieure ou même
la perte complète de la récolte. Gord explique le retard
dans la prolifération des insectes observés au cours des
années de transition de la manière suivante : « C'était
un verger conventionnel depuis 12 années avant notre prise en charge,
et la faible présence des ravageurs était probablement attribuable
à la persistance des produits chimiques. Je pense que ce que nous
observons maintenant est en réalité juste une manifestation
du processus de rétablissement d'un écosystème naturel
dans le verger. Les « bons insectes » prennent beaucoup plus
longtemps à revenir que les parasites, et c'est ce qui explique
pourquoi nous avons connu d'aussi mauvaises années, récemment.
La mise en place d'un nouvel écosystème équilibré
prendra un certain temps. »
Le « quoi, quand, où et comment » de l'utilisation
des méthodes de lutte biologique approuvées
La liste de ravageurs et parasites potentiels des pommiers est impressionnante.
Mais, comme Gord le raconte, la seule présence d'un insecte nuisible
n'indique pas toujours un problème, ou le besoin d'avoir
recours à des mesures de lutte. « La plus grande leçon
que nous avons apprise a été de savoir quoi employer, quand
et où l'utiliser et, dans certains cas, quand il valait mieux ne
faire rien du tout. » Dans bien de cas, les méthodes les
plus efficaces sont les plus simples. « La tenthrède européenne
peut être un parasite très présent en début
de saison, mais est également notre agent d'éclaircissement
naturel. Éclaircir les fleurs représente un important défi
en production de fruits biologiques. Des cartes blanches enduites de Tanglefoot
fournissent une bonne maîtrise des tenthrèdes, tout en luttant
également contre la punaise terne. »
Les
pièges de couleurs vives enduits de Tanglefoot permettent également
de lutter efficacement contre la mouche de la pomme, un parasite plus
tardif qui a un impact économique faible. « Pour lutter contre
la mouche de la pomme, nous apprécions énormément
les boules rouges (pour les femelles adultes qui pondent des oeufs) et
les cartes jaunes (pour les femelles non adultes). Nous connaissons les
endroits de prédilection des mouches de la pomme, alors nous savons
exactement où accrocher les boules. Jusqu'à maintenant,
nous n'avons subi aucune perte économique à cause de la
mouche de la pomme... »
Il est plus difficile de maîtriser d'autres ravageurs. «
Le charançon de la prune prolifère partout, même dans
les vergers conventionnels. Il est en train de devenir notre principal
ennemi, parce qu'il cause beaucoup de dommages aux fruits en début
de saison, et en fait tomber une grande partie. Nous avons travaillé
à faire homologuer le Surround® (un pesticide à base
d'argile kaolin approuvé en culture biologique) pour la culture
de pommes depuis trois ans, et nous avons finalement obtenu gain de cause
l'année dernière. Nous allons certainement utiliser le Surround®
cette année, où nous essayerons de l'appliquer sur
les arbres le plus tôt possible et de faire autant d'applications
que nécessaire pour réduire au minimum les dommages causés
par le charançon. Le Surround® devrait également maîtriser
la tenthrède, la pyrale de la pomme et la mouche de la pomme, si
on le pulvérise plus tard en saison. »
Il y a également des inconvénients à utiliser certains
pesticides approuvés en production biologique, notamment au niveau
du coût, de l'efficacité et dans certains cas, de la
non-sélectivité envers les organismes non visés.
« La présence de la tordeuse à bandes obliques de
la pomme a vraiment augmenté rapidement ces dernières années.
Le Bt (Bacillus thuriengensis) arrive à la maîtriser tout
à fait efficacement, à condition de l'utiliser au
bon moment. Les premières années, nous utilisions le Trounce®
(un produit à base de pyrèthre). Le problème avec
le pyrèthre, c'est qu'il s'agit d'un insecticide
botanique à large spectre. Le Trounce fonctionnait, il n'y
a aucun doute, mais il éliminait également beaucoup de prédateurs
des insectes nuisibles... Il coûtait également très
cher : 120 $ pour 10 litres. Le Bt aussi coûte cher : 200 $
pour 10 litres. »
Gord ajoute que, dans l'Est du Canada, les variétés
résistantes représentent le meilleur moyen de défense
contre la tavelure de la pomme. Les produits à base de soufre ont
été l'outil principal pour lutter contre la tavelure
pour les variétés sensibles. Le principal problème
de ceux-ci, cependant, est leur activité résiduelle limitée.
Il faut appliquer des pulvérisations de soufre tous les 3 à
5 jours, selon la température, pendant la principale période
d'infestation de la tavelure. Cette année, Gord prévoit
utiliser la bouillie bordelaise (du sulfate de cuivre avec de la chaux),
dont l'activité résiduelle contre la tavelure est supérieure
et qui permet également de lutter contre le feu bactérien.
Besoin d'efforts coordonnés en R. et D.
En dépit des défis de la production biologique de pommes,
Gord demeure optimiste. « Je sais que la production de pommes biologiques
est « faisable », non seulement au centre de la Colombie-Britannique,
mais également en Ontario, en Nouvelle-Écosse et dans d'autres
régions du Canada. » Il insiste sur la nécessité
d'efforts coordonnés en recherche et développement (R. et
D.), afin de permettre une approche de lutte plus intégrée
(plutôt que fragmentée, un ravageur à la fois) et
de fournir aux producteurs biologiques l'accès aux outils et à
l'information dont ils ont besoin. « Les Européens font de
grands progrès en production biologique de fruits, ainsi que les
Américains. Ici au Canada, nous sommes loin derrière. C'est
une occasion à saisir et, si nous tous travaillons ensemble, producteurs,
chercheurs, gouvernements, organismes de certification, industrie, nous
pouvons y arriver. Nous devons juste réunir tous les joueurs, afin
d'avancer ensemble dans la bonne direction. »
Maggie Hope-Simpson est consultante pour le Centre d'agriculture biologique
du Canada. Veuillez communiquer vos commentaires ou questions par téléphone
au 902-893-7256, ou par courriel.
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