
Y a-t-il convergence des cultures sans labours et biologiques?
Par Brenda Frick, Ph.D., P.Ag.
De nouvelles technologies actuellement à l’essai aux États-Unis
combinent les avantages de la culture sans labours à ceux de la
production biologique. Les agriculteurs biologiques se fondent sur la
culture d’engrais verts pour l’azote, l’accumulation
de la matière organique dans le sol et le contrôle des mauvaises
herbes. Jusqu’ici, la culture d’engrais vert était
détruite et intégrée dans le sol par le labour. Le
rouleau à crêper sans labours, mis au point par le Rodale
Institute de Pennsylvanie, permet aux agriculteurs de détruire
l’engrais vert sans labours ni produits chimiques et d’ensemencer
la prochaine récolte en une seule et même fois.
Le rouleau à crêper sans labours est un rouleau modifié,
doté d’un tambour de 16 pouces de diamètre et de languettes
de 4 pouces. Les languettes n’ont pas pour fonction de couper les
récoltes; elles la poussent et la replient sur les tiges, ce qui
les met en contact avec le sol. Lors des essais préliminaires,
les chercheurs ont découvert que le moment choisi était
d’une importance primordiale pour la réussite de l’opération.
Si les plantes sont en phase végétative, elles se redressent,
mais lorsqu’elles sont repliées et aplaties au moment de
la floraison (en fleurs à au moins 20 %, mais préférablement
à 50 ou à 75 %), il est possible de les détruire
au moins à 90 %. La destruction à l’étape de
la pleine floraison permet aussi d’obtenir le plus grand rendement
d’un engrais vert de légumineuses. Les chercheurs ont découvert
que l’engrais vert ou le couvre-sol détruit formait une couche
de paillis qui permettait de détruire ou de contrôler les
mauvaises herbes ainsi que l’évaporation à la surface
du sol.
La conception de l’outil a été perfectionnée
au cours des dernières années. Les languettes sont soudées
en chevron au tambour pour éviter le rebondissement et faciliter
la direction. Elles sont aussi placées en angle, dans le sens contraire
du déplacement, pour empêcher la terre de voler. Le tambour
peut être rempli d’eau pour en augmenter le poids. Un surplus
de poids est particulièrement important sur terrain sec. Le rouleau
à crêper est monté à l’avant pour éviter
la difficulté d’obtenir un bon contact entre la culture et
le sol dans les chemins de roulement tassés et permettre à
l’équipement d’ensemencement de suivre le rouleau dans
la même passe.
Ce rouleau à crêper est à l’essai à
plusieurs endroits aux États-Unis, avec différentes cultures
et dans diverses conditions environnementales. La technologie doit encore
être perfectionnée et des essais spécifiques aux régions
s’imposent. Ce qui intéressera surtout les agriculteurs des
Prairies sera l’équilibre entre l’activité biologique
qui entraîne l’azote de l’engrais vert dans le sol et
la perte de l’azote dans l’air au cours d’une année
de sécheresse. La question des mauvaises herbes doit aussi être
envisagée. Le labour qui déracine réduit en général
la pression des mauvaises herbes. Dans les régions où la
croissance est moins forte, le paillis produit par l’engrais vert
peut s’avérer moins efficace pour le contrôle des mauvaises
herbes.
Pour les agriculteurs qui ne labourent pas, le rouleau à crêper
offre la possibilité de réduire les coûts de régénération
du sol et de l’azote sans augmenter l’usage d’herbicides.
Pour les agriculteurs biologiques, il offre la possibilité de réduire
le temps, l’énergie et la perte d’humidité liés
aux labours des engrais verts. Cette technologie semble prometteuse dans
la recherche d’un système biologique sans labours.
Les agriculteurs biologiques explorent aussi d’autres façons
de réduire le labour dans leurs systèmes de production.
De plus en plus, ils adoptent un système d’ensemencement
direct. Certains évitent le labour d’automne, en utilisant
les résidus des récoltes et les mauvaises herbes d’automne
pour le pâturage hivernal. Ils disposent ainsi d’aliments
intéressants tout en contrôlant les mauvaises herbes, gardant
le chaume pour retenir la neige et réduire les risques d’érosion.
D’autres agriculteurs retirent la terre du cycle de labour annuel
en y ensemençant des plantes fourragères et des vivaces
régénératrices du sol, augmentant la superficie de
leurs champs de foin et de pâturage au détriment de celle
cultivée. Les cultures de denrées vivrières vivaces,
notamment de céréales, soulèvent l’intérêt.
Combinées à des légumineuses vivaces, elles pourraient
offrir un rendement durable avec un minimum d’ensemencement et de
labour.
Jusqu’ici, les cultures sans labours et biologiques ont été
considérées comme relevant de stratégies opposées.
Alors que ces deux systèmes arrivent à maturité,
nous avons la possibilité d’apprendre les uns des autres
et de nous orienter vers une production plus durable.
Pour de plus amples renseignements sur le rouleau sans labours, visiter
le site http://www.newfarm.org/depts/notill/index.shtml
Brenda Frick, Ph.D., P.Ag., est coordonnatrice, dans la région
des Prairies, du Centre d’agriculture biologique du Canada au College
of Agriculture, Université de la Saskatchewan. Elle se fera un
plaisir de recevoir vos commentaires au 306-966-4975 ou par courriel,
à brenda.frick@usask.ca.
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