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L'industrie laitière biologique au Québec est bien vivante et en santé !

L'industrie laitière biologique du Québec offre un modèle intéressant à imiter, en particulier dans les régions où la production de lait biologique est absente, comme les provinces de l'Atlantique. L'évolution du système québécois de production biologique du lait a été clairement orientée par une vision et une grande détermination, ainsi que par la coopération. Au départ, les pionniers de la production laitière biologique ne recevaient aucune prime et n'avaient pas de débouchés pour mettre en marché leur produit à valeur ajoutée, car le lait biologique n'était pas transformé séparément du lait conventionnel. Cependant, il y a une décennie, certains noyaux régionaux de producteurs de lait biologique en sont arrivés à produire une quantité de lait suffisante pour justifier l'investissement dans des équipements de transformation distincts, et l'industrie laitière biologique du Québec a alors pris naissance. Maintenant, la province peut se vanter de compter plus de 50 producteurs de lait biologique certifiés qui comblent non seulement les besoins des Québécois, mais exportent également du lait et des produits laitiers vers d'autres régions du Canada.

Lors d'une récente tournée (financée par les ministères de l'Agriculture du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard et par le Centre d'agriculture biologique du Canada), des exploitations laitières biologiques du Québec, des vétérinaires, des producteurs laitiers et des agronomes (dont moi-même) ont pu observer directement les aspects techniques de la conversion d'un mode de production laitière conventionnel vers un mode biologique. Mais comme un producteur l'a fait remarquer, " le côté technique représente seulement un aspect mineur de la transition ; le changement mental nécessaire pour apprendre à voir votre ferme d'une perspective totalement différente constitue le principal défi. " C'est pourquoi le plus grand avantage de telles visites de ferme est sans aucun doute d'offrir l'occasion de discuter avec plusieurs producteurs et de découvrir les défis qu'ils ont dû relever, leur persévérance et leurs succès. Chaque ferme que nous avons visitée avait un caractère très unique, comme on pouvait s'y attendre. Toutefois, on a pu observer une philosophie fondamentale qui a semblé être exprimée par tous. Cet article fera ressortir quelques principes généraux mis en pratique par les producteurs laitiers biologiques du Québec.


Régie des cultures et gestion des pâturages

La nécessité d'être autosuffisant en céréales, fourrages et paille constitue un thème commun repris par tous les producteurs biologiques qui ont accueilli le groupe. Selon eux, ces intrants doivent être produits sur la ferme pour augmenter la viabilité économique du système. Une rotation de trois ans de foin suivi d'un an de grain mélangé (souvent grainé avec des semences fourragères) est régulièrement utilisée. Le grain mélangé inclut souvent trois céréales (par exemple le blé, l'avoine et l'orge) et des pois fourragers, le tout semé à 100 kg à l'hectare (90 lbs à l'acre). La compétition accrue par la combinaison de plusieurs espèces réussit bien à inhiber la croissance des mauvaises herbes, et sert également à retarder la maturation de l'orge, généralement plus hâtive, afin que toutes les espèces en soient rendues au même stade de développement au moment de la moisson.

Le foin et les pâturages sont également constitués de mélanges complexes comprennent souvent trois espèces de légumineuses (par exemple : luzerne et trèfles rouge et blanc) et plusieurs graminées (par exemple : dactyle pelotonné, ray-grass vivace, fétuque des prés, fléole des prés et brome inerme). Sans exception, les producteurs de lait biologique utilisent une version modifiée du pâturage intensif en rotation appelée pâturage rationné. Les vaches ont généralement accès à de nouvelles " bandes " de pâturage deux fois par jour (après chaque traite). Les pacages sont fauchés au moins une fois après le passage des vaches afin d'assurer une repousse égale et pour empêcher les refus de proliférer.


La proportion importante de fourrages dans les rotations empêche l'établissement des mauvaises herbes (à l'exception du chiendent). Toutefois, le travail du sol joue également un rôle important dans la production de récoltes propres. En général, on passe le sarcloir à céréales une fois avant la levée, suivi de la houe rotative au stade de deux feuilles et d'un nouveau passage du sarcloir à céréales au stade de 3 à 5 feuilles.


Gestion des nutriments

Le Québec est à l'avant-garde en ce qui concerne l'aide apportée aux agriculteurs pour l'élaboration d'un plan de gestion des nutriments pour leurs fermes. Les plans environnementaux de ces fermes régissent le nombre de vaches laitières et le nombre total d'animaux autorisés pour une surface donnée de terre.
Les producteurs de lait biologique visités conservent des registres détaillés de leurs applications de fumier (composté ou frais). Quelques producteurs, qui séparent le lisier du fumier solide, conservent également des registres des taux d'application de lisier (en général, 18 700 litres à l'hectare ou 2 000 gallons à l'acre sur une récolte de foin).


Gestion agricole

Un important élément ayant contribué au succès de l'industrie laitière biologique du Québec est l'existence des clubs de gestion agricole (ils sont plus de 60 dans la province et presque 2 000 agriculteurs y participent). Ces groupes de soutien technique ont créé des réseaux où les producteurs, conventionnels et biologiques, partagent des données économiques et évaluent leur performance. Avec une production atteignant presque 9 000 kilogrammes de lait par vache par année, la plupart des producteurs biologiques ne sont pas en tête de peloton. Cependant, comme leur coût de production est significativement moindre que celui de leurs homologues conventionnels et qu'ils obtiennent une prime de 10 % pour leur produit à valeur ajoutée, la plupart des producteurs biologiques se retrouvent au milieu du groupe. Dans beaucoup de clubs, les agriculteurs partagent non seulement de l'information économique, mais également de la machinerie, stimulant l'esprit de coopération tout en réduisant simultanément leurs investissements.


Santé animale


Les factures de vétérinaire peuvent souvent être une des principales sources de dépenses inattendues d'une exploitation laitière. Pour tous les participants, la question de la santé des animaux fut de loin l'aspect le plus intéressant de ces visites de fermes. Sur chaque ferme, on a observé un modèle semblable : l'homéopathie menant à la prévention. Pendant la phase de transition, la plupart des producteurs biologiques se reposaient sur les remèdes homéopathiques pour traiter la mammite, les pneumonies et d'autres maux. Nombreux sont ceux qui ont été satisfaits des résultats obtenus grâce à l'homéopathie, mais ils se sont rendu compte qu'elle ne représentait qu'une étape vers une approche plus proactive, la prévention. Sans exception, les fermes que nous avons visitées étaient immaculées et on y fournissait aux animaux une litière adéquate. Beaucoup de producteurs accordent une grande importance à une bonne ventilation et à l'exercice quotidien à l'extérieur toute l'année. Mais, l'outil le plus répandu pour favoriser la santé du bétail est probablement mieux décrit par l'anecdote suivante. Un participant à la tournée a demandé à un producteur de lait biologique de voir sa pharmacie (pour constater quels médicaments étaient employés sur la ferme). Le producteur a accepté et conduit le groupe vers son mélangeur de ration. Pour lui comme pour beaucoup d'autres, la clef de la santé animale commence par la nutrition. Tous les producteurs rencontrés favorisent un plus grand pourcentage de fourrages par rapport au grain dans la diète. Les suppléments minéraux provenant de sources telles que le varech et la farine de crabe sont des éléments clés d'une bonne nutrition. Certains problèmes plus graves tels que les parasites internes et la désintoxication sont traités en administrant de l'argile bentonite et du charbon de bois, respectivement. Le contrôle des mouches est effectué à l'aide d'huiles essentielles (citronnelle/clou de girofle), tandis que les acarides sont éliminés avec une application de graisse végétale et de soufre sur la peau.


Élevage des génisses

D'autres facteurs contribuant à la prévention des maladies sont le caractère fermé des troupeaux et la réduction du nombre de visiteurs (particulièrement les vétérinaires). La vaccination ne fait partie du programme de santé animale d'aucun des producteurs rencontrés. Par conséquent, l'élevage des génisses de relève est important. La nutrition en bas âge joue un rôle crucial dans l'édification d'un système immunitaire sain. Les veaux ne reçoivent aucun grain avant l'âge de six mois. Ils reçoivent un régime composé de lait et de foin jusqu'au sevrage, alors qu'ils sont prêts à être mis au pâturage. Selon plusieurs producteurs, administrer le lait à l'aide d'une bouteille munie de tétine à petits trous stimule la production de salive, ce qui aide au développement du système digestif.

L'organisateur du voyage, Claude Bertheleme (Spécialiste de la production biologique au ministère de l'Agriculture, des Pêches et l'Aquaculture du Nouveau-Brunswick), a souligné l'importance pour les producteurs de lait des provinces de l'Atlantique de " ne pas réinventer la roue ", mais de profiter plutôt de l'expérience d'autres producteurs de lait biologique à travers le Canada et de l'adapter en fonction de leurs besoins régionaux. Le CABC mène actuellement une recherche chez trois producteurs laitiers en transition du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, avec l'espoir que l'une de ces exploitations deviendra la première ferme laitière certifiée biologique des provinces de l'Atlantique.


 

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