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Réduction des risques liés aux pesticides dans la production du soja

par Melanie Leclerc

Avec la pollution et les effets de plus en plus indésirables de l’agriculture sur l’environnement, les producteurs sont incités à réduire les risques associés à l’utilisation des pesticides à la ferme. Le développement de la résistance aux herbicides des mauvaises herbes a également incité les producteurs à réévaluer leur approche à la lutte antiparasitaire. Dans la grande production végétale, les exploitants hésitent de passer à l’agriculture biologique ou à d’autres pratiques de réduction de pesticides à cause des défis que présente la lutte contre les mauvaises herbes. C’est d’autant plus vrai avec les cultures de soja puisque la pression exercée par les mauvaises herbes augmente au cours de la deuxième et troisième année de la phase de transition des méthodes de production classique aux méthodes de production biologique.

Il est maintenant évident qu’il est nécessaire d’élaborer des stratégies de gestion des mauvaises herbes pour aider les producteurs de soja à réduire leur utilisation de pesticides et éventuellement passer à la production biologique.

En 2006 et en 2007, des essais à la ferme ont été réalisés dans le sud de l’Ontario par le chercheur Dr Darren Robinson du campus de Ridgetown de l’Université de Guelph en collaboration avec le CABC. Dr. Robinson évaluait l’efficacité de trois stratégies de lutte contre les mauvaises herbes pour les cultures de soja. Le premier traitement consistait en semis direct classique, soit deux applications de glyphosate aux plants de soja aux stades de la première à la quatrième feuille trifoliée. Le deuxième traitement consistait en la lutte intégrée contre les mauvaises herbes, soit la pulvérisation d’herbicides en bandes sur les cultures en rangs selon le programme de pulvérisation d’herbicides des agriculteurs (au stade de la première feuille trifoliée) et un binage entre les rangs aux stades de la quatrième et de la cinquième feuille trifoliée des plants de soja.

Enfin, le troisième traitement consistait en une méthode biologique, soit le binage entre les rangs et le désherbage manuel aux stades de la première et de la troisième feuille trifoliée.

Une analyse coût-avantage et une mesure de réduction des risques (Quotient des répercussions environnementales ou QRE) ont été réalisées sur chacune de ces pratiques. Les facteurs considérés dans le coût de la lutte contre les mauvaises herbes consistaient en coûts des herbicides, du carburant et du désherbage manuel. Le QRE est la mesure des risques potentiels liés aux herbicides pour les travailleurs agricoles, les consommateurs et l’environnement.

Enfin, des journées sur le terrain ont été organisées pour démontrer les essais et calculer les probabilités que les agriculteurs adoptent des pratiques visant à réduire les risques liés aux pesticides.

Les essais ont été effectués dans des champs infestés à divers degrés par les mauvaises herbes (infestation faible, modérée ou forte). Les rendements étaient variés dans les différents champs, mais généralement plus élevés comparativement au traitement classique. Les résultats révèlent qu’à l’exception des champs faiblement infestés par les mauvaises herbes, le soja cultivé en période de transition est susceptible d’exiger des coûts d’intrants très élevés. En fait, le coût de la lutte contre les mauvaises herbes pour les champs modérément infestés était en général de 50 % à 100 % plus élevé pour ce qui est de la lutte contre les mauvaises herbes et les traitements biologiques par rapport au traitement classique. Si une prime pouvait être garantie pour le soja cultivé en période de transition, le coût supplémentaire de la transition à l’agriculture biologique pourrait être justifié. Tel que prévu, le quotient des répercussions environnementales (QRE) était nul avec l’application du traitement biologique.

Dans des conditions de forte infestation par les mauvaises herbes, la lutte intégrée contre les mauvaises herbes ne se traduit pas toujours par un QRE moindre si l’on compare au traitement classique. Dans la présente étude, une deuxième application d’herbicides a été effectuée dans le cadre de la lutte contre les mauvaises herbes dans les champs fortement infestés, causant ainsi un QRE plus élevé. Les journées de démonstration sur le terrain ont offert de bonnes occasions pour les agriculteurs d’observer les différences entre les divers degrés d’infestation par les mauvaises herbes (faible, modérée et forte) et le résultat probable de la production du soja durant la phase de transition en vue d’obtenir la certification biologique.

Le sondage a révélé que la plupart des agriculteurs étaient intéressés à adopter des techniques visant à réduire les risques associés à l’application de pesticides à leur ferme. Certains producteurs ont dit qu’ils utilisaient ou pouvaient utiliser des doses réduites ou des applications réduites d’herbicides. Une majorité d’agriculteurs utilisent également ou ont utilisé des pratiques telles que le taux de semis accru, le travail du sol avant la plantation, le semis direct et les cultures d’engrais vert.

Le problème de la lutte contre les mauvaises herbes, la réduction du rendement et les besoins en équipement ont été déterminés comme étant des contraintes à l’adoption des pratiques réduisant les risques liés aux pesticides. Des meilleurs prix pour les produits agricoles ont été perçus comme l’incitatif le plus important.

Les ateliers et les démonstrations sur le terrain sont de bonnes façons de sensibiliser les producteurs aux pratiques à risque réduit. Les répondants ont également indiqué qu’une analyse coût-avantage, davantage de temps voué à la recherche, des programmes de subventions et différents équipements leur permettraient de réduire leur utilisation de pesticides. Deux agriculteurs qui ont participé à l’essai ont exprimé leur intérêt à faire la transition d’une partie de leur exploitation à la production biologique.

Les producteurs intéressés à la production biologique ont à leur disposition plusieurs bonnes ressources, notamment des manuels, des ateliers, des cours en ligne, des bulletins techniques, des spécialistes en vulgarisation et des exploitants qui ont bien réussi et qui sont prêts à partager leur expérience.


La présente recherche a été financée par le biais du Programme de réduction des risques liés aux pesticides d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Les opinions exprimées dans le présent article ne sont pas nécessairement celles d’AAC.


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Affiché en novembre 2008

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