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Nourrir le bétail avec des mauvaises herbes

par Brenda Frick, Ph.D.

Lors de la récente conférence Going Organic tenue à Calgary, Brewster Kneen a déclaré que nous vivions dans une société « profondément ingrate ». Je crois que cette attitude caractérise nos relations avec les plantes que nous appelons « mauvaises herbes ». En cette saison de publicités pour des herbicides, il serait peut-être temps de réfléchir aux raisons d’être reconnaissants envers ces plantes dites nuisibles, car elles peuvent jouer un rôle déterminant pour les fermes d’élevage.

La plupart des mauvaises herbes sont savoureuses et de qualité acceptable pour l’alimentation des animaux, si elles sont broutées ou fauchées à un stade précoce. L’avoine folle est un fourrage vert particulièrement bon, mais d’autres graminées adventices (mauvaises herbes graminées) comme le chiendent sont d’une qualité élevée semblable à celle de graminées cultivées. On peut également faucher les céréales envahissantes lorsqu’elles sont vertes, ce qui fournit un bon fourrage au bétail et diminue le réensemencement des mauvaises herbes.

On peut introduire une portion importante de soude roulante (chardon de Russie) dans le foin des bovins. Elle semble étonnamment savoureuse et de bonne qualité. En trop grande proportion, toutefois, des teneurs élevées en cendres peuvent poser un problème, particulièrement pour les bovins laitiers. Mélangée au foin sec, la grande ortie se révèle également savoureuse. Deux exemples de mauvaises herbes très nutritives.

Le chénopode blanc (chou gras) est connu depuis des siècles en Europe comme fourrage. On l’utilisait entre autres dans l’alimentation de la volaille, des ovins et des porcs. Il faut prendre certaines précautions, toutefois, car il peut être toxique s’il est ingéré en grande quantité sur de longues périodes.

Les éleveurs signalent que les moutons aiment particulièrement le chardon et que les bovins préfèrent parfois les pissenlits à la luzerne dans les pâturages. Les jeunes plants de moutarde sauvage peuvent être savoureux, mais mieux vaut qu’elle soit fauchée ou broutée avant de grener, car ses graines peuvent être toxiques.

Dans les Prairies, le kochia à balais (Kochia scoparia) a déjà servi d’aliment d’occasion en période de sécheresse. Récolté jeune, avant qu’il ne monte en graine, le kochia est aussi nutritif que la luzerne quant à la teneur en protéines et en énergie. Par contre, en trop grande quantité, il peut avoir un effet laxatif. Récolté tôt, il peut être mélangé à d’autres fourrages secs dans une proportion de 50 % –– à un stade de maturité plus avancé, cette proportion baisse à 30 %.

Les mauvaises herbes ont parfois une teneur élevée en nitrates. Il faut se montrer prudent et faire vérifier leurs qualités alimentaires avant de les employer en grande quantité. C’est particulièrement vrai pendant les périodes de sécheresse, après un gel ou si on utilise des plantes à un stade plus avancé. L’ensilage réduit la teneur en nitrates et rend les mauvaises herbes plus acceptables comme fourrage.

Les mauvaises herbes contiennent d’autres composés toxiques. L’amarante à racine rouge et le chénopode blanc, par exemple, contiennent des oxalates et ne devraient pas servir de fourrage unique. Comme dans d’autres domaines de la gestion agricole, la diversité et les mélanges permettent d’éviter des problèmes. Les éleveurs expérimentés seront en mesure de juger des qualités de divers mélanges en étudiant les réactions de leurs animaux.

La balle, y compris les graines des mauvaises herbes, de même que les déchets de criblage, peuvent également constituer une proportion notable de l’hivernage des bovins et des ovins. Certaines de ces graines s’avèrent parfois très nutritives –– celles de la folle avoine le sont particulièrement. Le chénopode blanc, l’amarante à racine rouge, le kochia, la soude roulante et la moutarde sauvage ont une teneur élevée en protéines. La composition en aminoacides de la renouée liseron est particulièrement intéressante.

En revanche, celles des plantes de la famille de la moutarde ne sont pas très bonnes et peuvent même être toxiques; elles ne devraient entrer qu’en faible quantité dans un mélange fourrager. Les graines de petite taille survivent parfois à la digestion et provoquent alors des flambées de mauvaises herbes lorsqu’elles retournent en terre avec le fumier. Le broyage dans un broyeur à marteaux, la cuisson ou la granulation permettent d’éviter cela. Les broyeurs à marteaux pulvérisent les barbes de la folle avoine et de l’orge queue d'écureuil, et en améliorent le goût.

Les déchets de criblage broyés et agglomérés peuvent entrer en proportion significative dans l’alimentation d’un grand nombre d’animaux. Certains producteurs indiquent en avoir vendu (issus de parcelles biologiques) à 0, 15 $ la livre ou plus pour en faire des granulés destinés au bétail. Ce prix à la livre est identique au prix moyen du blé biologique et bien supérieur à celui du blé ordinaire vendu sur le marché.

Peut-être serons-nous moins ingrats envers les mauvaises herbes à l’avenir, et peut-être allons-nous étudier des façons d’en accroître la présence plutôt que de chercher à les éliminer. Des fermiers biologiques de la Saskatchewan songent déjà à assurer non seulement leurs cultures céréalières mais également leurs « matières autres que les grains », notamment leurs mauvaises herbes. Dans un prochain article, je reviendrai sur les raisons de les considérer comme des récoltes potentielles.


Brenda Frick, Ph.D., P. Ag., est coordonnatrice pour les Prairies du Centre d’agriculture biologique du Canada au Collège d’agriculture de l’Université de Saskatchewan. Elle attend vos commentaires au (306) 966-4975 ou par courriel à l’adresse brenda.frick@usask.ca


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