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La recherche sur l'agriculture biologique foisonne au Canada
Par Brenda Frick
Le Centre d'agriculture biologique du Canada a récemment été l'hôte du
tout premier Canadian Organic Research Workshop qui a eu lieu à l'Universtité
de Guelph, en Ontario. Compte tenu du nombre de scientifiques et d'étudiants
gradués qui ont présenté leurs résultats de recherche et de la qualité
de ces recherches, il semble que l'agriculture biologique soit devenue
une des solutions les plus intéressantes pour l'atteinte de la pérennité.
L'agriculture biologique présente des avantages importants, mais pose
également des défis de taille. Les recherches sont orientées vers ces
défis et semblent apporter des solutions prometteuses.
Il existe plusieurs points communs dans les études comparatives des terres
exploitées sous régie biologique et sous régie conventionnelle. Le rendement
des cultures est généralement réduit, dans une certaine mesure, sous régie
biologique. Il est tout à fait possible, dans la plupart des cas, de maintenir
un rendement acceptable en production biologique, à la condition d'apporter
une attention particulière à la rotation des cultures, à la fertilité
du sol et au désherbage. Dans les Prairies, par exemple, une rotation
de cultures régénératrices et fixatrices d'azote peut s'avérer nécessaire
aux deux ans pour assurer le maintien du rendement. Dans les exploitations
intensives, comme les cultures maraîchères ou de pomme de terre dans les
Maritimes, le recours au fumier de compost ou à d'autres amendements biologiques
approuvés peut fournir suffisamment d'azote pour atteindre un rendement
comparable à celui d'une exploitation conventionnelle. Dans les
vergers biologiques, plusieurs méthodes biologiques et mécaniques doivent
être appliquées pour contrer les problèmes imputables aux insectes nuisibles,
aux mauvaises herbes et à la nouaison excessive.
La légère diminution du rendement des cultures biologiques est généralement
plus que neutralisée par la baisse des coûts liés aux intrants dans les
systèmes extensifs, de même que par la valeur marchande supérieure des
produits, tant dans les systèmes intensifs qu'extensifs. Plusieurs études
ont démontré que la rentabilité des systèmes biologiques est supérieure
à celle des systèmes conventionnels.
Les systèmes biologiques obtiennent généralement de bons résultats en
ce qui a trait à plusieurs indicateurs de santé du sol et de l'environnement.
Les organismes bénéfiques, particulièrement les microorganismes présents
dans le sol, sont plus actifs dans les sols cultivés sous régie biologique.
Les associations mycorhizienness sont également plus fréquentes, ce qui
favorise l'assimilation des éléments nutritifs et l'utilisation efficace
des oligo-éléments. La capacité d'échange cationique, c'est-à-dire la
capacité des sols à conserver les éléments nutritifs pour les plantes,
est supérieure dans les sols amendés avec du compost plutôt qu'avec des
engrais de synthèse.
La fabrication des engrais et des pesticides de synthèse requiert d'importantes
quantités de gaz naturel. Or, les systèmes biologiques nécessitent beaucoup
moins d'énergie puisqu'ils abordent la fertilité et la gestion des parasites
sous un angle différent, entraînant de ce fait une diminution des émissions
de carbone. Les systèmes biologiques sont donc plus éconergétiques et
consomment moins d'énergie sous forme de combustibles pour produire une
unité d'énergie alimentaire.
Les systèmes biologiques présentent néanmoins de nombreux défis. Dans
les Prairies, par exemple, l'épuisement des sols en phosphore constitue
une inquiétude bien réelle, particulièrement dans les exploitations sans
bétail. Le potentiel d'érosion peut également être élevé, surtout pendant
les années où la sécheresse est conjuguée à une infestation de sauterelles,
entraînant une diminution des quantités de résidus de culture. La gestion
des mauvaises herbes peut nécessiter l'intégration de plusieurs techniques
différentes pour arriver à un résultat satisfaisant. Dans les régions
plus humides, les maladies peuvent également s'avérer problématiques.
Les producteurs de pommes de terre et de pommes, par exemple, ont tout
intérêt à sélectionner des variétés résistantes aux maladies.
La sélection des variétés et des races constitue un aspect important de
la régie biologique. Les producteurs biologiques se disent souvent inquiets
du fait que les programmes d'élevage conçus pour les exploitations à haut
niveau d'intrants ne sont pas adaptés à la production biologique. On n'a
qu'à songer au blé de printemps pour illustrer ce problème. En effet,
les variétés modernes affichent des rendements supérieurs à ceux des variétés
traditionnelles sous régie conventionnelle, mais présentent moins d'avantages
sous régie biologique. Cela porte à croire que les exploitations biologiques
pourraient bénéficier de programmes d'élevage conçus spécifiquement pour
la régie biologique. De la même manière, les vaches laitières de race
constituent la norme dans les systèmes conventionnels. Or, les producteurs
biologiques sont bien plus susceptibles d'utiliser des vaches laitières
croisées dans l'espoir qu'elles soient plus robustes et plus saines et
requièrent moins d'intrants.
Nous avons eu la chance de recevoir deux chercheurs européens qui nous
ont fait part de leur expérience. Les fermes biologiques sont plus répandues
en Europe, et les projets de recherche bénéficient d'un financement (et
d'un historique) plus important. En effet, il existe en Europe des fermes
expérimentales multifonctionnelles qui se consacrent à la recherche dans
le secteur biologique, ce qui facilite les projets de recherche de base
et les travaux pratiques sur les lieux, de même que la dissémination de
l'information. Ces résultats de recherches sont par ailleurs utilisés
pour l'organisation de démonstrations et de journées champêtres.
Les résultats de nos recherches sont bien souvent conformes à ceux des
recherches réalisées en Europe : rendements similaires quoique légèrement
inférieurs sous régie biologique, attention requise en ce qui a trait
au désherbage mécanique, meilleure gestion des éléments nutritifs et empreinte
écologique moins prononcée sous régie biologique. Des études comparatives
des paramètres de sols indiquent que les systèmes biodynamiques et biologiques
présentent des avantages. En outre, les études à long terme démontrent
que les systèmes peuvent poursuivre leur développement pour une période
allant jusqu'à 20 ans.
En ce qui me concerne, un des commentaires les plus percutants a été fait
par Monsieur Paul Mäder, de la Suisse. En effet, dans son explication
d'une étude à long terme sur les rotations dans le cadre de laquelle la
plupart des opérations au champ étaient réalisées par les agriculteurs,
il a dit que : « les connaissances, ce sont les agriculteurs
qui les ont, dans leurs mains, dans leur tête et dans leur coeur. »
Alors que sont entreprises de plus en plus de recherches scientifiques
sur l'agriculture biologique, j'espère que nous continuerons de
témoigner autant de respect à nos partenaires de recherche sur les fermes
et que nous arriverons, nous aussi, à une connaissance aussi intrinsèque
de la terre et de ses mystères.
English
Décembre 2006
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