
La sélectivité - un concept important dans la lutte mécanique
contre les mauvaises herbes
E. Johnson - Ferme expérimentale de Scott
Problème
La plupart des producteurs biologiques ont recours à une forme
ou une autre de lutte mécanique contre les mauvaises herbes. Les
méthodes de lutte contre les mauvaises herbes en postémergence
avec un instrument tel qu'une herse ou une houe rotative peuvent contrer
la prolifération des mauvaises herbes, mais n'améliorent
pas toujours le rendement des cultures. Si l'interférence des mauvaises
herbes est réduite, alors pourquoi la récolte n'est-elle
pas toujours plus abondante ?
Contexte
La sélectivité se définit comme le rapport entre
la maîtrise des mauvaises herbes et les dommages subits par les
récoltes. En général, la lutte mécanique contre
les mauvaises herbes est plus sélective quand l'espèce
cultivée diffère des mauvaises herbes au point de vue des
habitudes de croissance, du moment de l'émergence et de la
maturité.
Les mauvaises herbes qui germent à un moment particulier
sont plus facilement maîtrisées mécaniquement que
les mauvaises herbes qui germent pendant une période étendue.
Les cultures à grosses graines peuvent être semées
profondément, ce qui permet des actions mécaniques hautement
sélectives de lutte contre les mauvaises herbes entre le moment
des semis et l'apparition des plantes cultivées. La plupart des
graines de mauvaises herbes germent dans les deux premiers centimètres
du sol, et la profondeur maximum d'où elles peuvent émerger
est de six centimètres. Cette technique permet de lutter efficacement
contre les mauvaises herbes et de donner à la culture un avantage
concurrentiel. Pavlychenko a observé que le travail du sol en préémergence
a fourni à la culture, après son apparition, une période
de dix jours sans présence de mauvaises herbes.
La folle avoine
peut émerger d'une plus grande profondeur que la plupart
des autres espèces de mauvaises herbes, mais le passage de la herse
en préémergence peut tout de même être efficace.
Le mésocotyle de la folle avoine prolonge le point végétatif
du méristème croissant loin de la graine jusqu'à
proximité de la surface de sol. Dans les cultures de céréales,
le mésocotyle reste près de la graine, protégeant
le point végétatif contre des dommages mécaniques.
Cinquante-deux pour cent des producteurs biologiques interrogés
en Saskatchewan ont recours au hersage en postémergence comme méthode
de maîtrise des mauvaises herbes. La sélectivité du
travail du sol en postémergence est généralement
faible, car l'effet négatif sur la culture peut contrecarrer
l'effet positif de la destruction des mauvaises herbes. Des études
effectuées en Europe prouvent que la principale action du sarclage
en postémergence est d'enfouir les plantes dans le sol, et
que moins de 25 % des mauvaises herbes sont effectivement déracinés
par le traitement. Beaucoup d'espèces de mauvaises herbes
doivent être enterrées d'au moins deux à trois
centimètres dans le sol pour les empêcher de repousser. Il
peut être difficile de réaliser cela au champ, étant
donné qu'on a constaté que moins de 10 % des
plantes hersées ont été enfouies plus profondément
que 1,5 centimètre. Les plantes partiellement enterrées survivent
généralement, bien que la sécheresse du sol puisse
augmenter le taux de mortalité des plantes partiellement recouvertes.
La vulnérabilité à l'enfouissement est reliée
à la taille des graines. Les plantes dont les semences sont petites
meurent davantage une fois enterrées, en particulier lorsque cela
se produit durant les premières étapes de la croissance.
Les plantes à petites graines dépendent énormément
de la photosynthèse pour répondre à leurs besoins
énergétiques, tandis que les plantes à grosses graines
peuvent vivre de leurs réserves pendant les premières étapes
de leur croissance.
L'efficacité de l'enfouissement des mauvaises
herbes dépend de la texture du sol, du stade de croissance des
mauvaises herbes, de l'architecture de la plante, de la vitesse et de
la profondeur du hersage, du réglage de la herse, de l'humidité
du sol et du nombre de passages. Les sols à texture fine ont une
résistance mécanique plus élevée que les sols
à consistance rugueuse, ce qui facilite le rétablissement
des plantes enterrées. La capacité des plantes à
résister au pliage est importante pour la tolérance envers
le hersage en postémergence, étant donné que les
plantes pliées sont plus facilement enterrées. Par conséquent,
les plantes qui en sont à une étape plus avancée
de leur croissance tolèrent le sarclage en postémergence
mieux que des jeunes plants. Les mauvaises herbes dont le méristème
forme une rosette près de la surface du sol sont plus vulnérables
à l'enfouissement que les mauvaises herbes droites dont le méristème
est situé au-dessus du niveau du sol.
La couverture du sol augmente
proportionnellement à la profondeur du passage de la herse. Comme
la profondeur atteinte et le type de sol varient selon différentes
conditions, le niveau de maîtrise des mauvaises herbes obtenu dans
un champ par le passage de la herse varie. L'enfouissement des mauvaises
herbes par un instrument à dents peut varier en raison des arêtes
constituées par la rangée arrière de dents. Kurstjens
et Perdok ont signalé que jusqu'à 80 % des mauvaises
herbes ont été recouvertes par des arêtes entre les
dents ; cependant, le creux laissé par la dent a couvert moins
de 30 % des mauvaises herbes. Cela explique peut-être pourquoi
les passages multiples tendent à donner une maîtrise plus
efficace des mauvaises herbes, étant donné que les passages
suivants de la herse peuvent remplir les creux de terre. La quantité
de sol qu'une herse peut remuer se règle par l'angle des
dents de la herse par rapport à la surface du sol. On a découvert
qu'une dent pointée vers l'avant transporte 42 %
plus de sol à l'horizontale qu'une dent dirigée vers
l'arrière. La distance de déplacement des agrégats
de sol est proportionnelle au carré de la vitesse de l'outil. Par
conséquent, un passage plus rapide de la herse a comme conséquence
de recouvrir les mauvaises herbes d'une quantité plus uniforme
de sol, mais n'augmente pas nécessairement la profondeur d'enfouissement.
Un passage de herse plus rapide n'améliore pas la sélectivité,
étant donné qu'il augmente à la fois l'enfouissement
des mauvaises herbes et de la culture.
L'effet de l'humidité
du sol sur l'efficacité du sarclage mécanique en postémergence
n'est pas clair. Lors d'études effectuées dans des
environnements contrôlés, la teneur en humidité n'a
pas affecté la survie de quatre espèces de mauvaises herbes
lorsqu'elles étaient complètement enterrées.
Les conditions sèches étaient très efficaces pour
augmenter la mortalité si les plantes étaient arrachées
et les racines étaient enterrées. Un bon taux d'humidité
du sol peut avoir favorisé la récupération de la
folle avoine après le hersage. Des précipitations au-dessus
de la normale ainsi que de bonnes conditions d'humidité du sol
au moment du sarclage, et après, ont été signalées
une année où le travail mécanique a amélioré
le rendement du blé de printemps. L'effet de l'humidité
du sol sur l'efficacité du sarclage peut également dépendre
de l'espèce de mauvaise herbe.
Des passages multiples de la herse
peuvent être nécessaires pour atteindre un certain niveau
de maîtrise des mauvaises herbes. Un modèle développé
par Rasmussen suggère que jusqu'à trois passages de herse
fournissent un niveau optimal de maîtrise des mauvaises herbes et
de rendement en pois fourrager. Quatre à cinq passages consécutifs
de la herse dans le blé d'hiver ont été nécessaires
pour obtenir un niveau de maîtrise des mauvaises herbes pouvant
atteindre 95 %. Trois passages ont réduit la biomasse des
mauvaises herbes d'environ 75 % dans l'orge de printemps. Un
passage profond de la herse, une importante agitation du sol et des passages
multiples peuvent enterrer davantage de mauvaises herbes ; cependant,
la sélectivité n'est pas nécessairement améliorée,
car il y a généralement une augmentation proportionnelle
de l'enfouissement de la culture. Lorsque le peuplement de mauvaises
herbes est faible, la plus grande atteinte à la culture causée
par les passages consécutifs de la herse a eu comme conséquence
une diminution des rendements d'orge de printemps de 0,12 à 0,15 %
pour chaque pourcentage d'atteinte à la culture.
Pour réduire
au minimum les dommages à la culture, on recommande habituellement
d'effectuer le sarclage dans le même sens que les rangées
de culture. Cependant, Wilson a constaté que la direction du passage
de la herse n'a eu aucun impact sur la maîtrise des mauvaises herbes
ou les dommages à la culture de blé d'hiver. Le sarclage
peut être plus sélectif lors des stades postérieurs
de croissance de la culture, si les mauvaises herbes en sont aux étapes
préliminaires de leur développement. Quatre passages avec
une herse à dents flexibles ont permis d'éliminer
jusqu'à 90 % des petites mauvaises herbes latifoliées
sans endommager le blé d'hiver lorsqu'on effectuait le traitement
alors qu'il avait atteint une taille de 20 à 25 centimètres.
Les plants de blé établis pouvaient repousser les dents
sur les côtés, là où les mauvaises herbes poussant
entre les rangs étaient détruites. Wilson a également
signalé que le blé d'hiver a bien toléré le
passage de la herse au printemps, mais le hersage d'automne causant
généralement de graves dommages à la culture.
En
général, la modification du rendement suite au sarclage
en postémergence a été modeste en raison de la faible
sélectivité entre la culture et les mauvaises herbes. Kirkland
a rapporté une augmentation de rendement de 19 % du blé
de printemps une année étudiée sur trois. Au Danemark,
le sarclage en postémergence dans le blé de printemps a
donné des rendements en blé de 91 à 118 % par
rapport aux parcelles témoins non traitées. Le résultat
obtenu au point de vue du rendement du blé d'hiver allait de 0
à 10 %. Une recherche effectuée sur le sarclage des
pois fourragers a suggéré que le rendement augmente de 0
à 5 %, pour une maîtrise des mauvaises herbes de 0 à
70 %. Cependant, Al-Khatib a signalé que le passage du sarcloir
à céréales en postémergence a donné
une augmentation de rendement de 18 % en pois fourragers. Le niveau
de maîtrise des mauvaises herbes sarclées dans l'orge de
printemps atteint 75 % en moyenne ; cependant, le rendement
n'a pas augmenté de plus de 10 %. Les modèles
développés par Rasmussen suggèrent que le rendement
de la culture augmente davantage lorsque la pression exercée par
les mauvaises herbes est forte, car l'effet positif de leur destruction
sera supérieur aux dommages infligés à la récolte.
Conclusions
Les producteurs biologiques qui ont recours aux moyens mécaniques
de lutte contre les mauvaises herbes devraient planifier leurs opérations
pour maximiser la sélectivité. Le passage de la herse en
préémergence dans les récoltes enfouies profondément
peut avoir comme conséquence une maîtrise fortement sélective
des mauvaises herbes. La sélectivité du sarclage en postémergence
est faible. Par conséquent, les producteurs biologiques doivent
étudier leurs champs pour déterminer si la pratique est
justifiée. Si le sarclage en postémergence est justifié,
toutes les tentatives devraient être faites pour réduire
au minimum les pertes infligées à la culture.
Sources de financement
Fonds d'innovation en agroalimentaire
Canada-Saskatchewan
English
|