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Maladie de l'agneau fou, femmes dérangées et bureaucrates aveugles 

Martha McMahon
Department of Sociology, Université de Victoria, mcmahon@uvic.ca

En octobre 2003, le ministère de la Planification sanitaire (« Ministry of Health Planning Protection ») et le Centre de contrôle des maladies (« Centre for Disease Control ») de la Colombie-Britannique ont modifié la réglementation sur l'inspection des viandes en vertu de la loi sur la sécurité alimentaire (« Food Safety Act ») de manière à régir le traitement des animaux destinés à l'alimentation en Colombie-Britannique. Cette nouvelle réglementation est en vigueur depuis le 1er septembre 2004. Une période de transition de deux ans a été prévue pour permettre aux abattoirs et aux usines de traitement de mettre en oeuvre les modifications apportées au règlement de la loi sur la sécurité alimentaire. À compter du 1er septembre 2006, tous les animaux destinés à la production alimentaire doivent être traités dans un établissement homologué par la Province. À l'heure actuelle, il n'existe aucun abattoir homologué et contrôlé dans les îles Gulf. Une bonne partie de la viande produite dans les îles Gulf est vendue dans les marchés publics, lesquels constituent un élément important de l'économie locale et de l'industrie touristique. La nouvelle réglementation pourrait entraîner la perte de produits locaux d'importance comme l'agneau de Salt Spring Island.

Bien que la nouvelle réglementation sur le traitement de la viande a souvent été présentée par les médias comme une initiative liée à la santé et à la sécurité alimentaire, les consultations publiques réalisées en Colombie-Britannique et autres événements du genre ont permis de révéler que cette initiative est intimement liée à la crise découlant de la maladie de la vache folle, au commerce des bovins en vif avec les États-Unis, de même qu'à la consolidation et à l'expansion de l'industrie canadienne de la transformation de la viande en vue d'assurer sa compétitivité à l'échelle mondiale. C'est du moins ce qui est ressorti des tables rondes consultatives auxquelles j'ai participé et qui regroupaient des représentants des producteurs, du ministère et de l'industrie. Ainsi, questionnés par un des producteurs locaux lors d'une des rencontres initiales, les représentants du ministère de la Santé et du ministère de l'Agriculture n'ont pu citer un seul cas de décès causé par la consommation de viande de boeuf ou d'agneau non inspectée au cours des dix dernières années. De plus, ces ministères n'ont pas été en mesure de fournir des données sur les cas signalés de maladies causées par la consommation d'aliments locaux non inspectés. La nouvelle réglementation sur la viande semble donc le résultat de la fermeture de la frontière canado-américaine aux bovins canadiens en vif survenue à la suite de la découverte d'un seul cas de maladie de la vache folle dans une exploitation agricole en Alberta en (date). Les représentants du ministère ont été formels lors des séances de consultation publique : le gouvernement de la Colombie-Britannique entend instaurer un ensemble de normes visant toutes les opérations d'abattage et de traitement des animaux destinés à l'alimentation dans la Province. Dans la plupart des cas, des inspections ante-mortem et post-mortem seraient réalisées non pas par des inspecteurs provinciaux, mais bien par des inspecteurs fédéraux, ce qui ouvre la porte à l'instauration d'une série de normes fédérales appliquées l'échelle du pays, lesquelles seraient par la suite harmonisées avec les normes de la USDA. En ce sens, l'initiative sur la sécurité alimentaire du gouvernement de la Colombie-Britannique faisait partie d'une série de mesures réglementaires destinées à a) faire en sorte que toutes les opérations de traitement des viandes se fassent dans des établissements nécessitant d'importantes dépenses en investissement, convergeant encore davantage ce secteur de l'industrie canadienne, et à b) assurer une plus grande intégration des industries de l'agriculture et de l'alimentation de part et d'autre de la frontière canado-américaine en vue de créer un marché unique et homogène pour l'ensemble des aliments produits industriellement.

D'une part, le développement d'une nouvelle réglementation fédérale canadienne sur la viande qui serait harmonisée avec les normes de la USDA peut être perçu comme une stratégie judicieuse pour contrer la crise qui secoue l'Alberta depuis la fermeture de la frontière en ce sens qu'elle permettrait de créer des établissements industriels de traitement de la viande proprement canadiens qui seraient capables de faire concurrence à ceux qui existent aux États-Unis. 

D'autre part, les agriculteurs de la Colombie-Britannique qui seront le plus durement touchés par la nouvelle réglementation provinciale sont les petits exploitants qui, bien souvent, sont des femmes ou des agriculteurs biologiques qui vendent leur agneau (traité localement) à des clients locaux à partir d'un étal installé directement sur la ferme. Pour se conformer à la nouvelle réglementation, ces agriculteurs seront forcés de faire appel aux abattoirs industriels éloignés et dont les méthodes ne sont pas éthiquement acceptables. Même si de tels abattoirs étaient installés localement, le fait de devenir tributaire du système industriel de traitement de la viande sape les avantages de la vente à l'échelle locale puisque les abattoirs industriels ne veulent pas procéder à la coupe et au conditionnement sur mesure ni traiter les commandes de plusieurs petits clients. Ironiquement, bien que cette nouvelle réglementation a été instaurée pour contrer les problèmes découlant de l'exportation de la viande et de la crise de la vache folle, l'agneau traité à l'échelle locale dans les établissements non inspectés n'est pas destiné au marché commercial ni à l'exportation et ne pourrait donc pas entraîner la fermeture de la frontière américaine. Qui plus est, les ovins ne peuvent pas contracter la maladie de la vache folle, et les bovins d'élevage biologique sont très peu sensibles à cette maladie.

Notre étude est largement fondée sur les témoignages de trois agricultrices qui relatent leurs efforts en vue de sauver leur petite exploitation et leur bétail. Cette étude de cas autour de la nouvelle réglementation sur la viande instaurée par la Colombie-Britannique vise à décrire le rôle du gouvernement provincial dans la création d'obstacles institutionnels aux efforts déployés à l'échelle locale pour développer une agriculture biologique pérenne et orientée vers la production locale dans le sud de l'île de Vancouver. 

 

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Source
Colloque de recherche en sciences sociales. Guelph, Ontario. January 2005


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Publié en avril 2007

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