
L'écologie morale du bio
Mary Richardson
Department of Anthropology,
Université Laval, mryrchrdsn@yahoo.ca
La relation entre l'être humain et l'environnement dans lequel il évolue
est une question fondamentale sur laquelle se penchent les anthropologues
depuis longtemps. Cependant, cette question revêt une importance accrue
puisque la survie des sociétés humaines est menacée par la destruction
des espaces non entrepris. Cet état de fait soulève certaines questions
éthiques sur lesquelles de plus en plus de chercheurs se penchent; on
parle désormais de bioéthique. Cependant, la documentation existante sur
l'éthique liée au secteur agricole se limite essentiellement au débat
entourant les pratiques de gestion du bétail. Les sociologues commencent
tout juste à s'intéresser aux questions éthiques entourant les pratiques
agricoles non conventionnelles. Cela dit, la décision d'adopter des pratiques
agricoles non conventionnelles est souvent motivée par les valeurs auxquelles
souscrivent les agriculteurs. La présente étude met l'accent sur les connaissances,
la pratique et les valeurs des producteurs biologiques au Québec. Elle
est fondée sur des méthodes de recherche qualitatives, dont une quarantaine
d'entrevues de fond auprès d'agriculteurs biologiques dans quatre régions
du Québec, et vise à étudier l'agriculture biologique, en tant que mouvement
social et pratique intégrée, selon une approche anthropologique.
Dans le présent ouvrage, j'entends analyser l'aspect éthique de la responsabilité
(relative à différentes formes de vie, à la nature tant « sauvage »
que domestiquée, de même qu'aux collectivités humaines) tel qu'elle est
représentée par les agriculteurs biologiques dans le cadre de leurs tâches
quotidiennes, dans leur mode de production et dans leur façon de partager
leurs connaissances diverses. Je discute par ailleurs d'autres valeurs
éthiques, socioculturelles et politiques comme le fait de prendre soin
des autres et de l'environnement, de s'engager dans sa collectivité, de
promouvoir l'éducation et la santé, valeurs que l'on retrouve chez les
agriculteurs biologiques québécois. Les pratiques idéales, les convictions
spirituelles et l'engagement de chacun à l'égard de certains aspects de
l'agriculture biologique sont autant d'éléments qui varient considérablement
d'une personne à l'autre. Ces divergences, conjuguées à certaines convergences,
constituent une partie du matériel dont je dispose pour explorer les tensions
entre le local et le mondial, entre les impératifs de production et le
respect des processus naturels, entre l'innovation et la conformité à
un cadre législatif hautement réglementé et, finalement, entre les connaissances
scientifiques et les connaissances empiriques intégrées.
Texte intégral
(In English)
Source
Colloque de recherche en sciences sociales. Guelph, Ontario. January 2005
English
Publié en avril 2007
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